05.07.13

La menace fantôme

Bien chers sujets, bonjour !

La chaleur qui nous avait jusque là épargnés est en train de gagner du terrain, et il semble qu’une fois de plus, votre royale servante soit destinée à se liquéfier dans la touffeur estivale japonaise avant longtemps. Naturellement, décorum oblige, je vais être obligée de m’évanouir pour faire bonne figure. Le public est déçu quand la princesse ne s’évanouit pas.

Mais tant qu’il me reste encore un peu de sang bleu dans les veines, je tenais à vous faire part de quelques réflexions spontanées nées de mon existence tumultueuse à Jappyland. Et c'est parti pour une Chronique Princière en bonne et due forme !

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Lorsqu’on débarque au Japon pour la première fois de sa vie, une fois séchées les larmes d’émotion en constatant que les minijupes, les kit-kat aux mille parfums et les prix des fruits au supermarché ne sont pas des mythes, on est en mesure de reprendre ses esprits et de regarder curieusement autour de soi. On devient critique. On se met à médire sur les crieurs de rue perchés sur des tabourets qui vous explosent les tympants en hurlant les promotions du jour. On s'insurge contre la lenteur, la froideur, la bêtise locales. On questionne les petits détails, les petites absurdités. Et c’est là qu’on se dit, comme ça, en passant : ça alors, ce pays est vraiment le royaume de la poche en plastique.

Il faut voir comme tout est emballé et suremballé. Les fruits, notamment, sont traités au supermarché comme de véritables pierres précieuses, l’aspect périssable en plus. Il faut dire qu’ils valent leur pesant d’or, mais là n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’emballage. Les écrins délicats qui enserrent les pommes, les poires, les pêches et les cerises. Les pochettes dont on enrobe le frais avant de le déposer dans un second sac en plastique. Les petites boîtes dans les grandes boîtes. Les sachets individuels. Les sachets fraîcheur. Les sachets de protection. Les sachets pour faire joli. Les longues douilles à parapluie à l’entrée des magasins pour éviter d’éclabousser à l’intérieur. Les imperméables de secours transparents qu’on achète à cent yen les jours de pluie. Le plastique, c’est la seconde peau du Japon.

Il faut dire que la société actuelle est tributaire d’une ancestrale tradition de l’emballage magique, sans bouton ni agrafe, tenu miraculeusement par le jeu des replis du papier ou du tissu. L’origami, l’art du papier plié, est toujours en activité au Japon, de même que l’usage des furoshiki, ces carrés de tissu qui font baluchons, sac à main ou récipient de casse-croûte selon le besoin. Et on ne parle même pas des kimono et yukata qui tiennent bien droit sur le corps des femmes grâce à l’intervention de l’emballage divin.

Sans surprise, avec la société de consommation, le papier de riz et les tissus peints ont cédé le pas à leurs homologues issus du pétrole, et les Tokyoïtes croulent sous les sacs plastiques qui s’entassent ostensiblement à la maison. On a beau emporter avec soi son propre sac de courses, on n’arrive jamais à y échapper totalement : première couche, deuxième couche, troisième couche de plastique. On tente de se rassurer sur l’impact écologique du phénomène en se disant qu’à première vue, le Japon trie ses ordures et recycle ce qu’il y a à recycler. Enfin, on espère, parce que nous avons en tout six poubelles différentes dans la cuisine et qu’il serait un peu vexant que cela soit seulement pour la forme.

Bref ; emballer la nourriture et les cadeaux, c’est une petite attention qui fait soigné, une façon de montrer qu’on a voulu que le produit parvienne à son destinataire en donnant le meilleur de lui-même. Sur-emballer, c’est un signe de respect.

Et puis, il faut bien dire que le Japon se situe au paroxysme de l’hygiénisme. Plus maniaque du détergent, y’a pas. Plus anxieux de la bactérie, tu meurs. On est au pays du masque, des gants, de l’uniforme règlementaire. Il ne faut pas que les choses se touchent, que la souillure contamine le peloton. Un certain nombre de Japonaises de ma connaissance bondissent d’horreur à l’idée de laver leurs chaussettes avec le reste du linge ; hérésie que voilà. Elles s’évanouiraient également derechef si elles subodoraient que je me lave les cheveux seulement tous les deux jours (en été); oui, les Nippones cautionnent totalement l’adage nabilien selon lequel « allô, t’es une fille t’as pas de shampoing ». On ne vous apprendra rien non plus sur les chaussons spécial toilettes et sur les WC automatiques ou il suffit d’approcher la main du capteur pour déclencher la chasse, nous évitant ainsi de tripatouiller quoi que ce soit aux alentours. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que la poche plastique règne en maîtresse ; on n’a pas trouvé mieux pour protéger la valeur japonaise numéro un : l’hermétisme.

Et pourtant, et pourtant.

En parallèle de la débauche de protection à tout va, il existe un domaine dans lequel les Japonais font montre d’un j’m’en-foutisme vraiment crasse : la gaudriole. Le contraste est tel que notre royale personne n’est pas loin de croire qu’ils se payent notre trognon bien comme il faut, avec leur maniaquerie quotidienne.

Je suis assez abasourdie de constater que dans le seul contexte où le recours à la protection étanche devient vital, voilà qu’il n’y a plus personne. Le préservatif, grand absent de la gamme démentielle de ses congénères les emballages transparents au Japon.

C’est étonnant combien une société qui prêche autant la netteté et le non-échange des fluides peut être à ce point sourde et aveugle à la nécessité pourtant largement comprise par le monde industrialisé de se protéger pendant l’acte sexuel. Attention, je ne dis pas que nous autres les Hapsbourg et consort sommes irréprochables en la matière ; malheureusement, le sida et autres joyeusetés progressent toujours dans nos contrées et je ne nous en félicite pas. Mais tout de même, j’ai l’heur de croire que malgré nos négligences et nos irresponsabilités chroniques, nous admettons tout de même que les MST sont une menace réelle. Et qu’on est censés s’en prémunir. Et que cela n’a pas ou plus grand-chose à voir avec les mœurs sexuelles. Qu’une seule et fatale fois suffit pour vous saborder. Que la protection et la contraception, ce n’est pas que l’affaire des autres. Mais au Japon, pour des raisons obscures, pas grand monde ne se sent concerné.

Et pourtant, le préservatif n’est pas un à proprement parler un OVNI (Objet Vital Nipponement Ignoré) dans l’archipel. Sans même se référer aux boutiques spécialisées en accessoires coquins, on en trouve presque toujours dans les combini, ces magasins ouverts 24h sur vingt-quatre et qui bourgeonnent à chaque coin de rue ; il y en a des gratuits dans les love-hotel et au comptoir de nombreuses boîtes de nuit. Non, si le préservatif n’a pas le vent en poupe, c’est qu’il est boudé par les Japonais, tout simplement, qui ont décidé d’ignorer superbement les risques liés non seulement à la propagation des MST, mais aussi aux grossesses non désirées. Car en plus, le non-recours au préservatif s’accompagne d’un mépris total pour la pilule contraceptive et autres anneaux ou implants. Histoire de joindre l’absurde à l’inconscience.

 Vous admettrez que c’est un peu curieux pour une société qui vous serine d’une voix pressante et enregistrée que « attention, vous posez le pied sur un escalator, ceci est un acte TRES DANGEREUX ».

Malgré l’omniprésence du sexe dans la vie japonaise – je ne parle bien évidemment pas de la vie de couple, malheureux! Que vous êtes naïf. Le couple marié est peut-être là où les Japonais font le moins de galipettes... -, mais de l’incroyable éventail des services sexuels tarifés, du plus innocent au plus pervers, qui font du Japon le top du top en matière d’offre dans le secteur – on ne peut pas dire que les Japonais assument énormément leur libido. Comme dans certaines sociétés bien moins modernes et libres, beaucoup de Nippons estiment que le préservatif et la pilule sont des accessoires réservés aux personnes multipliant les aventures dans des contextes jugés « à risque » : communauté gay, milieux étrangers, monde de la nuit et de la prostitution (et encore, pas sûr que les professionnels soient plus consciencieux que les autres). Demander à son partenaire d’utiliser un préservatif est donc foncièrement insultant : cela revient soit à avouer qu’on couche à droite et à gauche, soit que son partenaire a une tête à faire de même. C’est induire que son amant ou amante serait « sale ». Et donc, on n’en parle pas.

J’insiste, mais vous noterez que nos amis les Japinois se préoccupent donc davantage de la fraîcheur de leur dernier shampoing que de protéger leur vie et celle de leur partenaire. Question de priorité.

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Cheveu sale =  scandale ; MST = pas concernés

Naturellement, dans le lot, il existe tout de même quelques individus qui relèvent le niveau et qui se conduisent en adultes responsables. Mais après petit tour d’horizon des CV sexuels de mon entourage (ici je me confonds en excuses auprès des intéressés qui ignoraient que leurs confidences allaient faire l’objet d’une enquête statistique) : c’est loin d’être la majorité. Et quand, le sourcil scandalisé, nous mettons un point d’honneur à les fustiger pour leur manque de jugeote, les manants n’ont même pas l’élégance d’être soulagés ou reconnaissants qu’on ait brisé les tabous autour d’un sujet crucial. Non non, ça les gonfle.

L’argument avancé par ces bougres de têtes à claques est que les MST sont infiniment peu fréquentes au Japon, du moins en ce qui concerne les gens « normaux ».

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(Définir « normal ». Pas facile.)

Comme il est très difficile d’obtenir des statistiques sur un sujet dont personne ne parle, je me contenterai de faire remarquer que le nombre de petits temples shinto dédiés à la protection des visiteurs contre la syphilis et autres fantaisies charmantes semble témoigner du contraire. Je dis ça, je ne dis rien.

De plus, fermer les yeux sur la propagation des MST ne permet pas de faire l’impasse sur celui des grossesses impromptues et du cortège d’IVG qui en résulte. Si l’humble bien que princière auteur de cet article défend sans ambigüité le droit des femmes à disposer de leur corps, il lui semble tout de même assez violent qu’à l’ère bénie où nous vivons sur le plan de l’offre contraceptive, l’avortement soit le seul horizon des femmes sexuellement actives. A quoi bon, j’ai envie de dire.

Alors diantre, que diable peut-il bien se passer dans la tête d’un adepte du déchaussage systématique pour ne pas souiller de la saleté extérieure la propreté immaculée du dedans, dans la caboche d’un accro au gel antiseptique, dans le crâne d’un défendeur des systèmes automatiques permettant de ne jamais rentrer en contact direct avec RIEN, lorsqu’il fait fi de la raison la plus commune en décidant de coucher sans protection ? ... (que celui qui n’a pas pensé au petit singe à cymbales gigotant dans la tête d’Homer Simpson me jette la première pierre)

Permettez que je partage ici avec vous mes suppositions.

D’après moi, en tout premier lieu, on assiste ici à un magnifique cas de fatalisme aigu. 

De même que de manger du poisson fugu, qui secrète un poison mortel, induit le risque de trépasser fissa au cas où le Chef se serait loupé à la préparation du plat, hé bien pour les Japonais, le sexe est une activité qui comporte certains risques, comme celui de contracter une MST ou de se retrouver prématurément avec un enfant à élever. Si on n’en supporte pas le revers de la médaille, mieux vaut se consacrer à l’art floral ou au macramé. Une vision totalement à l’opposé de notre credo occidental qui veut que nous nous rendions maîtres de notre vie, même dans ses aspects les plus incontrôlables. Le clash des illusions, premier volet.

En second lieu, nous observons là un superbe trait du mindset japonais : la propension à ne pas du tout gérer les menaces fantômes. Les maladies, la radioactivité, les drames familiaux commis dans l’ombre des maisons fermées : tout ce qui ne se voit pas, qui agit insidieusement, sans éclater au grand jour, et qu’on recouvre amoureusement du voile sacré de la « vie privée ». Nous voilà bien avancés.

 

Un masque la journée, car on craint la poussière

Son cortège de saletés qui flottent dans l'air ;

On se prémunit contre les rougeurs de pif

Mais le soir on se passe de préservatif.

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 10:42 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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24.06.13

La Déception Culturelle Française

L’Exception La Déception Culturelle Française

 

Fidèle sujets, je dois vous faire part de l'horrible vérité. J'ai failli à ma mission. je vous ai déshonorés. Il est temps de faire face à la dure réalité : je suis une déception permanente pour le peuple nippon.

Je crois bien que de tous les pays du monde, la France est celui dont les Japonais ont globalement l’idée la plus faussement précise, la plus savamment erronée. Il faut dire que le Nippon moyen manifeste une forte tendance à se complaire dans les généralités ethnico-culturelles, et il en résulte un amour alarmant des stéréotypes nationaux ; aussi, une Française digne de ce nom doit aimer la mode, avoir un brevet d’œnologie, citer Sartre dans le texte, passer son temps en vacances à peindre des vues de la Seine en fredonnant des airs de Piaf et manger exclusivement des sucreries. J’exagère à peine. Il est bien connu que la France est un pays de cocagne où le foie-gras pousse sur les arbres et où les autochtones ne se posent en aucun cas la question de la survie ; voilà pourquoi nous autres, créatures hexagonales, travaillons très peu – et encore, on travaille à coudre des robes du soir, jouer de l’accordéon et confectionner des gâteaux. Les gens qui vivent au pays de la Belle au Bois Dormant n’ont pas besoin d’ingénieurs, de dentistes ou de techniciens de surface. Tout cela est admirable. Vive le pays des vacances éternelles où on ne fait qu’assortir ses ballerines à son chapeau et parler peinture et philosophie. L’Art de vivre à la française, quoi.

Seulement voilà : malheureusement, la réalité est bien en dessous de la promesse marketing. Ils attendaient Chanel et Zidane, et voilà que je ne m’intéresse ni à la haute-couture, ni au foot. Ils voulaient une spécialiste es vins et fromageologie, et ils se retrouvent avec une petite capricieuse qui roule en tout et pour tout sur deux blancs et cinq fromages, ignorant superbement le reste de la carte. Imaginez leur désarroi.

Je ne compte plus les moments où j’ai vu la paupière de mon interlocuteur japonais s’affaisser de dépit, et se dessiner sur ses lèvres une petite moue dubitative et insatisfaite.

Pardon, mais non, vraiment, je ne bois pas de café. Non, jamais. En fait, je préfère le thé. Je prendrai un thé japonais, oui. Si, si, je vous assure. Non, c’est promis, ce n’est pas pour vous faire plaisir, c’est vraiment ce que j’ai envie de boire. Oui, je sais, c’est bizarre pour une Française.

Je suis vraiment confuse, mais j’ignore complètement, même à la dizaine, même à la centaine près, combien d’œuvres renferme le Musée du Louvre. Cela dit, je peux regarder sur Google de suite, hein. Si, j’y suis déjà allée, bien sûr. Une fois avec l’école, une fois avec mes parents, une fois parce que la nocturne était gratuite pour les étudiants, une fois pour accompagner un ami japonais… Non, non, je n’y suis pas tous les week-ends. Hé bien parce que j’ai autre chose à faire, ma foi. Si si, j’aime bien les musées, mais pas au point d’y passer vie, vous comprenez. Bon, si vous voulez, c’est peut-être bizarre pour une Française.

Je serais bien en peine de vous dire le prix moyen d’un sac Vuitton à Paris, car je n’ai jamais mis les pieds dans leur boutique. Non, je ne possède aucun article Vuitton. Ni Dior. Ni Chanel. Ni Hermes. Bah, vous savez, ce n’est pas donné-donné, hein. Ce que je porte aujourd’hui ? Vous allez rire, ça vient de chez Uniqlo. Oui, j’achète souvent chez eux. Mais parce que c’est plus dans mon budget, c’est tout. Attendez, bien sûr, mais on ne peut pas comparer, ce n’est pas comme si j’avais le choix entre les deux. Ce sac ? Il m’a coûté trois mille yen. D’accord, si vous y tenez : c’est quand même un peu bizarre pour une Française.

Je vais prendre le wa-shoku, s’il vous plaît. Non, le repas européen ne me dit rien. Si si, j’adore le pain bien évidemment, mais en l’occurrence, le repas japonais me semble meilleur. Non, mais là j’ai seulement envie de manger japonais, voilà c’est tout. Bon, et bien puisque vous insistez : le menu soi-disant occidental que vous avez commandé, il a l’air tout pourri. La portion de viande est microscopique, le maïs flashe tellement qu’il en fait mal aux yeux, le pain est industriel, et pour l’amour du ciel, une génoise couronnée de crème de mauvaise qualité ne constitue pas une pâtisserie. Vous êtes content maintenant, de savoir que vous vous êtes fait rouler ? Je peux savourer ma soupe miso tranquillement ? Oui, c’est ça, je suis très très trrrrès bizarre pour une Française !!

 

Il est clair que je ne suis pas à la hauteur de la situation.

 

Je suis une Française qui commande sur Rakuten, qui bois plus de ume-shu que de vin et qui, bizarrerie suprême, porte un prénom constitué de trois syllabes parfaitement prononçables par le contingent local, et qui a même l’audace de se terminer par le fameux « mi » de la beauté, ponctuant un bon tiers des prénoms de filles japonais. On m’a même demandé à plusieurs reprises si j’avais adopté ce prénom en venant au Japon. Alors que je m’acharnais à répondre que non, il s’agit bien d’un prénom classique français pour le coup, on m’a rétorqué que décidemment, j’étais une Française très, très, très… bizarre. Allez comprendre.

Même les plus sombres des clichés sur les Français  ravissent les Japonais : prétendez que vous haïssez les Américains (tous les Américains !), et vous récolterez de chaleureux regards de connivence. Clamez votre sentiment de supériorité par rapport aux Britanniques, et vous ferez naître des sourires compréhensifs. Brandissez votre individualisme forcené, et on vous inondera d’indulgence bienveillante. Tout est bon du moment que vous ferez les fleurir les naruhodo, les yappari et autres exclamations déclinant l’éventail du « je le savais » triomphant.

Je ne sais pas, peut-être que ça les rassure, lorsque tout le monde colle sagement à sa petite étiquette.

 

Le syndrome Mont-blanc

Si les stéréotypes ont la peau dure dans l’archipel, c’est bien moins en raison de ce que nous autres Occidentaux appellerions du racisme que du fait de cette incroyable faculté des Japonais à faire des généralités sur le monde extérieur. Si un soir, ils trinquent avec des Chinois, ils rentreront chez eux le cœur rempli d’amour pour ce peuple voisin si sympathique, et passeront le reste de la journée sur Youtube à visionner des cours de mandarin pour débutants. Si dans la même journée, les informations laissent entrevoir des manifestations antijaponaises à Pékin, alors ils partiront se coucher en maudissant ce peuple fourbe et cruel qui menace leur cher archipel. Ainsi, il suffit d’un seul impair pour que l’image de votre pays et de votre peuple se dégrade instantanément aux yeux du témoin de votre bêtise. En un mot, ce n’est pas la relativisation qui les étouffe.

En fait, ce que croient savoir les Japonais à propos des Français ressemblent au fameux gâteau « Mont-blanc », qui pullule dans les vitrines des cake-shop franchouillards de Tokyo. Attention, rien à voir avec la douceur antillaise à la noix de coco du même nom. Au Japon, le Mont-blanc est une gourmandise ultra-sucrée, constituée d’une meringue couverte de vermicelles à la crème de marron et saupoudrée de sucre glace. Il est fort possible que la recette soit née en France, où nous faisons en effet de l’excellente crème de marron ; mais disons que ce n’est pas LE dessert incontournable d’une pâtisserie française lambda. Je ne dis pas qu’on n’en trouve nulle part, mais dans ma banlieue, les pâtisseries proposent des Opéras, des tartelettes aux fraises, des flans divers et variés, des Paris-brest, des éclairs et des religieuses, des tartes au citron meringuées, des Saint-honoré, et plein d’autres délices dont j’oublie les noms, mais pas forcément de Mont-blanc. Le Mont-blanc, c’est vraiment le gâteau au look frenchy qui fait plaisir à la cliente japonaise, mais on ne peut pas dire qu’il soit l’étendard de la pâtisserie bien de chez nous. Et pourtant, érigé par les Nippons comme fleuron de l’art du sucré à la française, ils sont persuadés qu’on s’en colle un au palais tous les deux jours. Alors qu’ils en mangent infiniment plus que nous. Paradoxe, j’écris ton nom.

Grâce au ciel, la communauté française du Japon parvient tout de même à satisfaire les exigences nippones en matière de décorum, en organisant régulièrement des évènements dignes d’un dépliant du manuel du bon petit Français, avec son béret et sa baguette en couverture. Fête du 14 juillet, célébration du Beaujolais nouveau, buffet de Noël : comptez sur nous pour prouver aux Francophiles les plus extrémistes que nous aussi, nous savons donner dans le cliché. On n’y sert pas de Mont-blanc parce que tout de même, ce serait mentir, mais on y va fort sur les bulles et les petits-fours. Tout ça pour rire sous cape quand nos invités japonais, enfin comblés par la débauche de produits du terroir et de nœuds papillons, s’exclament avec satisfaction : « Ces Français, alors… sans leur vin, leur pain et leur machin, ils sont tout perdus, hein… ».

 

Conséquence étonnante de l’effet papillon

Si d’aventure un jour les Français devenaient sobres

Une grande clameur s’élèverait du Japon

Plongeant nos bonnes résolutions dans l’opprobre.

 

 

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29.11.11

Le Quatre-Heure du Crime

Bien chers sujets de mon illustre royaume,

Il faut que j'aborde un sujet dont l'aspect capital va vous saisir à la gorge autant que moi, sans aucun doute. Il s'agit de l'une de nos plus anciennes et respectables coutumes... Oyez avec attention.

 

En règle générale, mes amis les Nippons sont d'une bienveillance formidable envers les moeurs de leurs "invités" étrangers, surtout sur le plan alimentaire.

Leur tendance à exalter les particularismes culturels (jusqu'à l'outrance), et leur curiosité sans borne pour l'incroyable monde par delà les frontières de l'archipel en font des spectateurs avides et enchantés des habitudes culinaires et gustatives des non-Japonais. Ils conçoivent admirablement bien, sans ironie aucune, qu'un Français au Japon soit en manque de baguette, qu'un Italien se languisse de son huile d'olive, ou encore qu'un Britannique regrette l'écrasante préférence locale pour le riz sur la pomme de terre - mieux, ils compatissent. Le déracinement alimentaire est un de ceux qui leur parle le plus. D'ailleurs, à peine les présentations faites, la plupart des Japonais fraîchement rencontrés s'empressent de vous "cuisiner", c'est le cas de le dire, sur la façon dont vous survivez, nutritivement parlant, dans leur beau mais si spécial pays. Que cuisinez-vous à la maison ? Et dans quels genre de restaurants allez-vous ? Comment vous en sortez-vous avec les légumes, les épices, les condiments japonais ? Tolérez-vous le poisson cru, le tofu, le natto ? Quel plat japonais a su gagner vos faveurs ? L'avalanche de questions déstabilise sans exception, lorsqu'ils débarquent, les étrangers dont les préoccupations immédiates se portent davantage sur la communication quotidienne, l'ouverture d'un compte en banque et autres diaboliques tâches administratives - l'adaptation culinaire nous faisant l'effet d'un détail relativement secondaire. Mais les Japonais y tiennent, et sont presque déçus lorsque vous avouez vous contenter parfaitement du régime local et n'avoir rien d'autre à dire à ce sujet. Ils sont au contraire magnifiquement compréhensifs et pas vexés pour deux sous si vous confessez détester le riz vinaigré, honnir le poisson cru, courir chez les fort chers boulangers d'Azabu chaque soir pour cueillir votre pain quotidien, et ne vous fournir que chez les traiteurs français de Kagurazaka. Vous pouvez même vous permettre de les provoquer frontalement ("pays de barbares mangeurs de poulpes qui ne savent pas faire le pain") sans prendre trop de risques; même les remarques les plus négatives à l'encontre de la gastronomie japonaise récolteront la sympathie compréhensive de vos hôtes : vous venez d'ailleurs, vos us et coutumes ne sont pas les mêmes, vous mangez autrement, c'est ainsi et nul ne vous en tient nullement rigueur au pays du soleil levant.

A une exception près.

Il existe une habitude alimentaire bien de chez nous qui défrise littéralement les Japonais - si tant est qu'un cheveu japonais ait encore de la marge pour être défrisé -, si innocente et anodine puisse-t-elle sembler au Français de base dont je me fais ici l'humble représentante. Un usage ma foi fort répandu dans l'hexagone, peu discuté, peu sujet à polémique, sans conséquence pour la santé ni pour l'environnement, et qui cependant plonge les Nippons dans un abîme de stupéfaction, voire d'abasourdissment mêlé d'un certain soupçon d'effroi.

Attention, tsunami.

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Hé oui. Le trempage de biscuit/gâteau/pain/croissant etc dans un breuvage quelconque, chaud de préférence. Simple mais redoutablement efficace.

Si vous aussi, comme votre royale servante, avez tendance à accomplir ce geste banal dans la plus pure insconscience, presque automatiquement, dès qu'il vous arrive d'avoir une tasse et une langue de chat à portée de main : sachez que vous êtes UN GRAND MALADE.

Soyez prévenu : s'il vous arrive au détour d'une conversation en charmante compagnie japonaise d'accomplir le rite fatidique du trempage, vous perdrez instatanément tout espoir de finir votre phrase, et qui plus est votre propos, dans des conditions acceptables. Trempez, et attendez-vous à un salto arrière de la part de votre interlocuteur. Ensuite, vous aurez droit à un déluge infernal de tentatives de retour à la raison par votre ami traumatisé. Révolutionnaires que nous sommes.

 

tremper le biscuit

Certaines images peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes

 

Première réaction du Japonais qui reprend pied face au gouffre : la rationnalisation. Mais enfin pourquoi DIABLE trempez-vous ? Question un peu perturbante pour le Gaulois de la rue qui ne s'est jamais, il est vrai, posé la question. Ma foi... pour attendrir le biscuit ? Mais, vous rétorquera-t-on, ce biscuit n'est ni sec ni très dur. Vous vous tapez des croûtes de pain et des mimolettes vieilles bien plus coriaces tous les jours, ils vous ont vu(e). Certes. Indéniable vérité. Alors, tenterez-vous, disons, pour réchauffer le gâteau ? Mais dans ce cas, insistera-t-on, pourquoi ne pas plutôt mordre dans la pâtisserie puis boire une gorgée de thé (sous entendu : comme font les gens civilisés), ce qui revient au même ?... En effet. Logique imparable. Rapidement, le Français perplexe arrive à cours d'explication cohérente et, histoire de s'inspirer, re-trempe. Le malheureux. Non seulement il trempe, mais il re-trempe !!

Seconde réaction : votre hôte japonais éprouve le besoin de poser des limites à toute cette folie. Alors commencera la longue énumération de ce que vous osez tremper, et dans quoi vous prétendez le tremper. Trempez-vous des tartines, au risque de voir la confiture dégouliner dans le bol, les miettes qui se répandent dans le breuvage, et autres aberrations du genre ? Oui. Trempez-vous les divines viennoiseries, chef d'oeuvre d'architecture patissière, qui ressortent de là dégoulinantes et molles, informes, meurtries dans leur chair par l'odieux traitement ? Oui. Trempez-vous dans le thé, le lait, le tchai, le café, le cappucino, le caramel macchiato, le latte,  le crème, le noisette, le viennois, le chocolat ? Oui. Trempez-vous vos sandwiches au thon dans votre café ? Hein, non, beurk, certainement pas, ça ne va pas la tête, le poisson qui coulerait au fond de la tasse, ça non alors - Ah ! Mais est-ce tellement plus répugnant que l'infame bouillasse de résidu de biscottes qui finit par tapisser votre bol de thé tous les matins ??? Sincèrement ???... Bon, d'accord. Nous nous inclinons. Il est vrai que le trempage est une habitude irrationnelle, injustifiable et dépourvue de toute légitimité qui pousse ses racines dans nos subconscients sans aucun doute malades. Voilà. Pitié, ne nous sucrez pas nos visas.

 

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Dans un instant, cette scène va se transformer en boucherie

 

Rassurez-vous, à force, en faisant étalage de toutes vos autres qualités, vous parviendrez peut-être à compenser ce geste horrifique que vous vous obstinez à commettre en toute impunité une à plusieurs fois par jour; avec le temps, il est probable que vos amis japonais vous pardonneront ce travers et se contenteront de vous regarder accomplir votre terrible rituel d'un oeil torve... à condition que vous ne passiez pas la dernière des bornes, la frontière de l'horreur, le sacrilège innommable : le trempage dans du thé japonais. Pire ! Le trempage de denrées japonaises dans du thé japonais ! Alors là, plus de doute, vous cherchez la guerre. Que vous vous conduisiez comme un barbare avec vos propres aliments, soit. Mais vous en prendre à un innocent macha !... Lâche !... Et faire subir l'odieux traitement à des senbei, des mochi ou des beignets de pâte de haricot rouge qui n'ont rien demandé ! C'en est trop, on frise l'incident diplomatique grave.

Bref : Trempeuses, trempeurs, ils ne nous ont pas compris.

Les derniers arguments pour tenter de faire accepter l'inacceptable parviennent parfois à faire reculer le Japonais scandalisé témoin de vos agissements dans un silence sceptique : d'abord, sans cette belle coutume du trempage, la littérature française ne compterait peut-être pas aujourd'hui parmi ses chefs d'oeuvre le roman ultime de Proust, la Recherche. C'est bien la madeleine trempée dans le thé qui permet au narrateur de voir ressurgir les souvenirs, etc, etc. Quoique, si je me souviens bien, la tante Léonie se servait d'une cuillère pour imbiber la madeleine, mais bon, inutile de donner tous les détails à l'adversaire. Ensuite, il y a indéniablement quelque chose d'érotique dans le geste, l'expression fleurie "tremper son biscuit" voulant dire ce qu'elle veut dire - mais allez faire comprendre ce genre de subtilité sensuelle à un héritier de Confucius. Ah la la, elles sont bien loin nos racines grecques.

Sur ce, je vous laisse pour aller me faire un goûter de vandale.

Scandaleusement vôtre, etc.

 

Madeleine de Proust, ô geste régressif

De tremper le biscuit dans le thé du goûter

J'ignorais tout de ton potentiel agressif

Avant de l'avoir vu dans des yeux japonais.

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 09:29 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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25.10.11

L'Heure du show

Bon : vous constatrez que la royale auteur de ce blog traverse une sacrée phase Cendrillon avec ces missions de volontariat dans le Tohoku.

Merci à mes camarades T., M. et Y. pour ces photos collector !

(je sais, j'ai l'air d'avoir perdu un bras, mais rassurez-vous le travail n'est pas dangereux à ce point là, c'est juste que ma veste était un poil grande.)

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Noemi au 20h de France 2

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Noemi sur TF1 (tout arrive...)

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Comme vous le voyez, l'essentiel du travail consiste à soulever les dalles de bétons qui recouvrent les caniveaux longeant la route, et d'extraire la boue et les déchets qui s'y sont accumulés à l'aide de simples pelles. Les gouttières étant trop étroites pour que les machines s'en chargent, c'est vraiment un travail qui doit se faire à la main. Les débris et la boue sont versés dans ces sacs blancs ensuite utilisés pour monter des digues le long de la rivière, les terrains s'étant bien affaissés un peu partout.

Les équipes de bénévoles ont toujours besoin de plus de bonnes volontés pour aider à faire ce travail salissant, fatiguant mais pas compliqué ! L'ambiance est bonne parmi les chasseurs de boue, n'hésitez pas à benir nous donner un coup de main si vous habitez dans la région de Tokyo.

Pour en savoir plus sur les week-ends de volontariat à Ishinomaki, ville ravagée par le tsunami du 11 mars 2011, organisés par l'Association des Français du Japon, c'est ici !

Compte rendu de la 10ème session de volontariat de l'AFJ : ici !

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06.09.11

La vie sans internet, c'est pas chouette

Puisque le monde, curieusement frappé d'amnésie, continue de nier l'évidence et refuse obstinément de reconnaître une bonne fois pour toutes mon statut princier, me voilà à affronter les problèmes de la vie comme une vulgaire souillon. Adieu galerie des glaces, baldaquin et chandeliers. Princesse déchue, je ne possède pas grand chose au monde. Je loue mon appartement. Je n'ai pas de voiture. Je n'ai même pas la télévision.

Je suis une princesse moderne, libre et détachée des basses choses matérielles (rejet de mèche derrière l'épaule façon L'Oréal).

Sauf quand il s'agit d'INTERNET *ô Dieu du Web, que ton nom soit sanctifié* *ô Toile Sacrée, Guide Suprême de nos vies* *danse de la pluie autour du modem*.

J'avoue, je suis faible quand il s'agit du net, et extrêmement dépendante de ma connexion web. Il m'a suffit d'une simple petite semaine privée de mon Internet adoré pour faire deux crises de nerfs, trois crises de larmes et une mini-dépression que je sens reculer dans ses tranchées subconscientes à chaque nouveau clic depuis que mes héros de NTT sont venus m'installer le shmilblick.

Internet, ça veut dire : les e-mails à la famille, les updates de mon blog, les statuts facebook de mes amis, l'information sur l'actualité Frenchy, l'accès à mes comptes bancaires, la moindre info pratique (horaire de train, prévision météo, plan de quartier...), skype, les séries en streaming, les images qui m'inspirent pour dessiner...Tout, quoi.

Enfin ça y est, il est fini le vilain cauchemar, tout est bien qui fini bien : je suis de retour ! Et je m'en vais de ce pas nourrir la rubrique Guide de Poche avec un article sur comment être connecté au monde depuis le Japon, pour les nuls.

Salutations !

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04.08.11

L'anti gorgée de bière (to be continued...)

 

Comme un pois assassin guettant dans le duvet

Comme une tache sur une clé, une quenouille aiguisée

Ces petits riens majeurs qui pourrissent la vie

Et qui nous font vouloir rester au fond du lit.

 

"GRUFPW"

pieces of me

Trop dure la vie...

Le doigt de pied qui s'écrase dans le coin de la table, de l'armoire, de la porte, etc.

La poignée de porte qui s'enfile dans la manche jusqu'au coude et qui vous retient brutalement

La porte d'entrée qu'on claque une nanoseconde avant de réaliser qu'on a laissé les clefs à l'intérieur

La bouteille d'huile qui explose par terre

Le paquet de farine qui explose par terre

Le thé bouillant qui valse hors de la tasse, vous cramant les doigts qu'on ne peut évidemment pas lâcher tout de suite

Le robinet en mode bouillant quand on le pensait tiède

Le vêtement qui déteint dans toutes la machine

Le PC qui claque juste la veille d'une remise de mémoire, de dossier, de présentation etc.

L'ampoule qui re-claque une minute après que vous ayez rangé l'escabeau

Les clés perdues au fond du sac, et le téléphone sonne dans la maison

La feuille de papier qui froisse quand on gomme

Le stylo bic qui ne marche pas à la verticale

Le papier qui pour des raisons obscures, refuse le bic alors que le bic marche sur votre doigt

La page internet que vous fermez sans réfléchir et que vous n'arrivez plus jamais à trouver

L'allergie au médicament censé soigner un autre problème

La TV qui s'allume en son maximum et la télécommande est introuvable

Le Télérame qui a disparu et que tout le monde cherche en se jetant des regards suspicieux

La chaussure qui couine sans qu'on sache pourquoi

Le moustique introuvable dans la chambre, qu'on entend pourtant à plein volume dès que la lumière s'éteint

L'acouphène la tête sur l'oreiller

L'ongle qui se retourne quand on fait le lit

Le collant à 7 euros qui file pendant qu'on l'enfile

Le coup de jus avec la portière de la voiture

La petite culotte toute propre qui tombe sur le sol douteux de la cabine de la piscine

Le cheveu dans la bouche qu'on arrive pas à attraper

La limite des 72 minutes de Mégavidéo au moment le plus palpitant

Le sac plastique pour les fruits et légumes qu'on arrive pas à séparer

La chaise en paille imprimée sur l'aarière des cuisses tout l'après-midi

La mascara qui tâche la paupière sur l'ombre à paupière fraîchement mis

Plus de papier toilette au moment le moins opportun

Plus de batterie au milieu de la conversation

Les doigts englués ensemble alors qu'on essayait de recoller un truc

Le voisin qui fait des travaux le samedi matin

Le voisin qui met de la musique à fond le samedi matin

Le voisin qui prend une leçon de vilon le samedi matin

La fermeture éclair du sac qui craque - sac nickel par ailleurs, devenu inutilisable

La boule de glace qui s'échappe du cornet et qui s'écrase par terre

Le sac d'ordures qui perce, répandant son jus dans la poubelle

L'arrivée devant des portes de sortie du RER, en se rendant compte qu'on s'est trompé de zone, qu'il n'y a pas moyen d'ajuster ni d'expliquer son cas mais seulement de passer par dessus avec des sacs et ses talons hauts

S'apercevoir qu'on s'est trompé de date et que l'émission qu'on attendait avec impatience depuis une semaine, c'était hier

Pas de stylo sous la main alors qu'on doit noter ce numéro de téléphone

Le pinceau qui perd ses poils dans la peinture

Le génie de la lampe qui apparaît, on n'a pas eu le temps de penser à ses voeux, trop tard la deadline est dépassée le génie disparaît

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Vous en avez d'autres ?

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13.01.11

Un goût de madeleine - n°1

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Et voilà d'où vient ma passion pour le cocooning.

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22.11.10

Fantômette Experience

Seigneurs, gentes dames, petits pages et autres manants de passage, bonsoir !

Parmi les grandes figures qui ont inspiré ma princessitude, il en est une à qui je souhaiterais rendre hommage aujourd'hui, à l'occasion de cette Chronique Princière n°3 ! Sonnez, hautbois !

 

Alors voilà, Fantômette a cinquante ans déjà ; tout cela ne nous rajeunit pas et encore moins la génération de nos mamans à qui nous avons piqué les vieux "Bibliothèque Rose" quand nous étions enfants - ceux qui avaient la couverture cartonnée et le papier usé, jauni, qui avait pris un parfum délicieux avec le temps.

Fantômette n'a pas pris une ride ; ses lecteurs, si

Alors que la Bibliothèque Rose célèbre (modestement) le cinquantenaire de son héroïne au pompon noir, la toile fleurit de commentaires tels que "Que de souvenirs ! Mais je n'ai pas réussi à convertir ma fille" ou "Je suis un fan de Fantômette ! Quel dommage que mon fils n'adhère pas".Question : Fantômette aurait-elle pris un coup de vieux, par hasard ?

Si Fantômette avait vieilli en temps réel, elle serait aujourd'hui une nana épanouie, peut-être rédactrice en chef d'un journal d'investigation ou conférencière de haut vol dans les plus grandes universités européennes - la matière grise n'avait pas l'air d'être un souci pour elle. Elle ferait sans doute un peu moins de terrain, et devrait reconnaître que ses collants noirs lui vont un peu moins bien qu'avant. Mais elle serait sans doute toujours aussi mutine et aventurière. Sa copine Ficelle serait toujours aussi allumée et ce serait une célibataire endurcie, tandis que l'amie Boulotte serait une maman au foyer comblée, entièrement dédiée à la satisfactions des estomacs de sa précieuse marmaille. Fantômette aurait quelques flirts, par-ci, par-là, et aurait fini par s'attacher à quelque brillant intellectuel dont elle partagerait la vie tout en protégeant jalousement son indépendance. Cela ferait longtemps qu'elle aurait quitté Framboisy.

Mais voilà toute la magie : Fantômette n'a jamais grandi, elle est resté à la frontière de l'enfance avec sa capacité d'imagination, son espièglerie, sa souplesse miraculeuse ; et de l'adolescence avec son impertinence, ses identités multiples et ses grands secrets.

Et si les chérubins d'aujourd'hui n'accrochent pas, c'est juste qu'ils ne savent pas lire, ce n'est pas plus compliqué que ça. Posez-vous les bonnes questions, nom d'un pompon.

 

Ma version de Fantômette (1)

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La parenthèse Fantômette
En tant que rat de bibliothèque first class en mes jeunes années, j'ai bien sûr dévoré un bon nombre de "Fantômette" en m'identifiant béatement à l'héroïne. Fantômette est l'idéal de la jeunesse pré-adolescente : brillante élève le jour, elle se transforme en justicière hors-pair la nuit et traque les malfaiteurs de tout poil. Elle est agile, débrouillarde, futée et finit toujours par déjouer les plans de ses adversaires. Mais son côté invincible repose sur des acquis multiples - et fascinants pour la petite banlieusarde rêveuse que j'étais : Fantômette, à douze ans, parle une bonne dizaine de langues, connaît ses classiques, sait l'actualité sur le bout des doigts, lit indifféremment des ouvrages de physique quantique et des encyclopédies en genre, a des capacités de déduction hors du commun... bref, la jeune justicière n'a pas que sa souplesse et et la loi du genre de son côté : c'est parce qu'elle est supérieurement intelligente et cultivée qu'elle triomphe des vilains. J'aime.

Fantômette est invraisemblablement mature pour une fille de son âge. D'ailleurs, dans les livres de Chaulet, les parents passent à la trappe ; les jeunes filles sont livrées à elles-mêmes et s'en portent très bien. Mais pour autant, Fantômette ne sombre pas dans les histoires de cœur - l'idée ne l'effleure même pas. La seule figure masculine positive de la série est incarnée par le journaliste et complice Oeil-de-Lynx, qui a deux fois son âge, ce qui exclue toute possibilité de romance - en plus, il s'appelle Dupont dans le civil, comme Fantômette, ce qui tend à les assimiler à une même famille même si rien n'est dit à ce sujet dans les livres. Oeil-de-Lynx est un grand frère, un jeune oncle, un ami précieux, tout ce qu'on voudra mais pas un amoureux. Sinon, il y aurait bien pu y avoir Eric, le fils du Masque d'Argent, qui a le même âge que notre justicière et qui témoigne de la même intelligence disproportionnée que Fantômette. Sauf que c'est une âme damnée à faire le Mal et que Fantômette est bien trop occupée à le combattre pour lui trouver du charme. En un mot, Fantômette représente la liberté totale : la puissance des neurones et le privilège de la culture combinés à l'absence totale d'émotions perturbatrices. Alors qu'on lit ses aventures à l'âge ingrat (neurones neutralisés par les hormones, culture zéro et saturation d'émotions perturbatrices), Fantômette relève plutôt de l'âge de grâce. Une parenthèse de légèreté et de liberté entre les dépendances de l'enfance et les pesanteurs de l'âge adulte.

Ma version de Fantômette (2)

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08.10.10

Chronique princière n°1

 

A combien de crapauds non-charmants dois-je m'attendre ?

Sur combien de pois faudra-t-il m'étendre ?

A dormir dans les cendres suis-je donc destinée,

Qui ne devais fouler que des routes d'or pavé ?

 

Bien chers sujets.

Fiers ressortissants de mon illustre royaume.

Vous qui alliez la classe des Hapsbourg, la mine réjouie des Bourbon, la sang-froid des Bernadotte, le chic des Windsor et le poil brillant des Grimaldi. Ô fidèles compatriotes et lecteurs.

Par pure paresse - la paresse étant, avec la gourmandise, un péché annobli à l'état de suprême distinction selon mes royaux critères - j'ouvre ces Chroniques Princières pour vous tenir au courant de mes tribulations à Tokyo, la capitale de cet étrange Empire qu'on nomme le Japon.

Figurez-vous que c'est un comble, mais il a fallu que je cherche du travail. Comme je vous le dis. J'ai eu beau faire savoir à cors et à cris que j'étais une vraie princesse, rien à faire, les pressions financières s'accumulent et personne ne fait rien. J'ai donc dû ravaler mes princiers principes (encore une fois), et me mettre en quête de ce que le commun des mortels appelle un emploi.

Cela dit, je ne m'en tire pas trop mal : j'ai le privilège (encore un) de vous annoncer que votre souveraine a été choisie pour porter fièrement les armoiries du Mali, un pays ami, auprès de ces curieux et néanmoins attachants autochtones nippons. Oui, je viens d'être engagée par l'Ambassade du Mali à Tokyo. Cela ne s'invente pas.

"Et la famille ?" - "Bien, bien"

Hé bien, mes chers petits, sachez qu'il me faut à présent une sacrée souplesse pour naviguer entre les extrêmes.

En effet, j'habite un pays ou les salutations ont été élevées au rang d'institution voir d'art à part entière, mais cette semaine, j'ai  fait l'expérience d'une étiquette totalement nouvelle pour moi - un chaleureux salut africain qui prend son temps et qui s'étend à vos proches, vos voisins et tout votre peuple derrière vous. Imaginez la scène colorée de longues robes chamarrées et de foulards-écharpes savamment nouées autour des épaules, des hanches et de la tête et vous aurez une idée du dépaysement que cela me procure. Finalement, le Japon n'était pas une planète inconnue mais une galaxie qui regorge de microcosmes à explorer. L'un deux s'appelle l'Ambassade du Mali à Tokyo.


J'ai été informée d'emblée que l'équipe de l'Ambassade se concevait comme une petite famille, d'où l'intérêt des uns et des autres pour nos parents respectifs. Du coup, chaque matin, les empathiques salutations maliennes s'entremêlent aux délicates salutations japonaises et je me sens un peu comme Astérix répondant "Salut, Jules" aux Avé César les plus cérémonieux.


Les cocktails culturels ne vont pas manquer dans les temps à venir et j'espère que j'aurais de nombreux panachés malinippons à vous faire goûter incessament sous peu.

Prochaine étape, avec l'aide d'Hestia (la déesse des foyers) : EMMÉNAGER !

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